Le rôle de l’attachement

L’attachement a une fonction de survie : à la naissance, les nouveau-nés sont vulnérables et ne peuvent survivre sans la présence d’autrui. Les moments de déconnexion ou de séparation avec une figure d’attachement représentent donc des conditions potentiellement dangereuses et incertaines ou encore une menace pour leur bien-être, leur intégrité physique et leur survie, générant une peur et une anxiété instinctives. Parmi les besoins d’attachement fondamentaux figurent la sécurité physique et émotionnelle, la prévisibilité (des comportements et de l’environnement), le réconfort et la disponibilité physique et émotionnelle de la ou des figures d’attachement. En tant que mammifères, notre biologie nous configure à nous tourner vers nos figures d’attachement afin de rechercher du réconfort lorsque nous vivons de l’inconfort, de la douleur ou de la détresse sous quelconque forme. En retour, leur réponse à nos besoins (c.-à-d., la présence ou l’absence de réconfort) influence directement la régulation de nos émotions sur le plan physiologique en apaisant (ou, au contraire, en alertant) le système nerveux. Plus tard, ces apprentissages façonnent la façon dont nous gérons les émotions fortes (c.-à-d., notre autorégulation émotionnelle), ainsi que les croyances que nous développons à propos de nous-mêmes (c.-à-d., la vision de soi) et de notre monde (c.-à-d., la vision des autres/du monde).

Styles d’attachement sécurisant ou non-sécurisant: Quelle est la différence?

Nourrir un attachement sécurisant

En grandissant, lorsqu’une figure d’attachement se comporte de manière réceptive, réconfortante, aimante, constante et qu’elle reconnaît les besoins de l’enfant, ce dernier éprouve un sentiment de sécurité. Plus précisément, les enfants apprennent que (1) leurs émotions sont importantes et qu’ils parviennent à les gérer (vision positive des émotions et de l’autorégulation) ; (2) qu’ils méritent d’être aimés et réconfortés même lorsqu’ils sont bouleversés (vision positive de soi) ; et (3) qu’ils peuvent compter sur la présence d’autrui lorsqu’ils se sentent vulnérables, car ils constatent que les autres sont accessibles, réceptifs et engagés sur le plan émotionnel (vision positive des autres). Dans la perspective des neurosciences, nous savons que ces expériences positives de co-régulation engendrent la régulation de notre système nerveux en favorisant la santé (physique, mentale et émotionnelle) et la confiance puisqu’elles accroissent notre résistance au stress et contribuent au bien-être dans les relations que nous entretenons avec nous-mêmes et avec les autres.

En somme, lorsqu’elles incarnent une source de réconfort, les figures d’attachement symbolisent pour les enfants:

  • un havre de sécurité, caractérisé par la stabilité, le confort et la sécurité physique et émotionnelle
  • une base sécurisante à partir de laquelle les enfants se sentent en sécurité et soutenus dans leur exploration du monde, le développement de leurs capacités et la croissance de leur autonomie.

L’attachement non-sécurisant

Pour diverses raisons, certaines figures d’attachement, malgré leurs meilleurs efforts, se retrouvent piégées par leurs propres émotions ou schémas d’attachement. Ainsi, elles peuvent adopter des réponses et réactions qui préviennent de combler les besoins affectifs de réconfort, d’acceptation et de réassurance de l’enfant. Quelques exemples incluent se montrer critiques, adopter des normes élevées, valoriser la réussite, minimiser la détresse et les émotions, rejeter la vulnérabilité, être dépassé.e.s par la détresse de l’enfant, devenir indisponibles émotionnellement, négligent.e.s ou inconscient.e.s des besoins de l’enfant ou réagir de manière inconsistante (c.-à-d., être parfois accessibles et réconfortant.e.s, d’autres fois surpassé.e.s voire même angoissant.e.s). L’absence de sentiment ressenti de sécurité agit comme une menace envers la connexion, signalant au corps de l’enfant de commencer à mobiliser son système nerveux et d’initier une réponse défensive de combat, de fuite, d’immobilisation ou de capitulation. Bien qu’elles soient adaptées aux circonstances du moment, les enfants acquièrent des stratégies sous-optimales pour faire face à la détresse, ce qui peut contribuer au maintien d’émotions inconfortables/désagréables en adoptant un style d’attachement: (1) anxieux: anticiper les pires scénarios, rechercher la réassurance, faible confiance en soi, peur du rejet et de l’abandon (vision négative de soi); (2) évitant: repousser les autres, valoriser l’autosuffisance, montrer peu ou pas d’émotions ou de vulnérabilité (vision négative de l’autre); (3) désorganisé: rechercher parfois la proximité dans les moments de vulnérabilité, d’autres fois, rechercher à se replier sur soi ou s’éloigner des sources de réconfort (vision négative de soi et autrui).

Le rôle des émotions

Les émotions sont une source d’informations vitales qui nous incitent et nous préparent à agir. Elles font suite à une évaluation rapide d’un déclencheur et sont ressenties avant la prise de conscience. Par exemple, le sentiment de nervosité et d’excitation que nous éprouvons lorsqu’un prétendant potentiel se dirige dans notre direction, ou le malaise et l’anxiété que nous pouvons ressentir lorsque nous voyons notre partenaire froncer des sourcils, avant qu’il n’interagisse avec nous.

D’origine étymologique, le terme émotion est dérivé des mots latins et motio, qui signifient « de » et « mouvement« . Les émotions sont au cœur de la transformation; elles représentent le moteur (le mouvement) du changement.

Lorsqu’une émotion se déploie, une seconde évaluation du contexte ou du déclencheur nous permet de réajuster (c’est-à-dire de confirmer ou de rejeter le potentiel d’une menace) nos pensées et la signification qui étaient initialement associées au déclencheur, ainsi que les actions que nous allons entreprendre. Bien que les émotions soient associées à une tendance à l’action, nous apprenons par la socialisation à répondre (à réguler) nos émotions d’une manière acceptable et conforme aux normes de notre milieu socioculturel.

Les émotions représentent également des informations que nous transmettons aux autres par le biais de nos expressions faciales et de la communication non verbale. Dans les relations, les émotions sont étroitement liées à nos besoins d’attachement (p.ex., appartenance, reconnaissance, être entendu et compris, apaisement, réconfort, etc.) Lorsque nous ignorons ou rejetons nos émotions, elles ne disparaissent pas. Au contraire, elles peuvent amplifier ou se transformer en émotions secondaires/réactives destinées à nous protéger de la vulnérabilité. En retour, nous pouvons nous retrouver dépassé.e.s, de telle sorte que nous nous retrouvons à répondre dans des directions qui ne sont pas utiles, nous éloignant ainsi davantage de la possibilité de combler nos besoins tendres et vulnérables.